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Jennifer Flay : « La volonté de nos exposants de revenir à la Fiac nous a impressionnés »

Après une pause en 2020, la Fiac revient au Grand Palais Éphémère avec une édition légèrement réduite mais solide. Entretien avec sa directrice artistique.

Jennifer Flay. © Max Tetard

Quelle fréquentation attendez-vous cette année ?

Je ne crains pas une désaffection de la Foire. Concernant le nombre de visiteurs, les galeristes semblent enthousiastes et prévoient la venue de collectionneurs internationaux. D’après notre cellule VIP, plus d’une trentaine de groupes institutionnels, y compris américains, se sont annoncés, ainsi que des groupes turcs, grecs, suisses… Tous les pays européens sont extrêmement désireux de venir à Paris. L’OVR [Online Viewing Room] complète la Foire physique afin de toucher d’autres régions du monde – il y a notamment des visites en mandarin pour les Chinois. Une quarantaine de galeries ne sont présentes que sur l’OVR.

Quid de la sécurité des visiteurs et des exposants ?

Le pass sanitaire est requis pour accéder à la Foire, qui se termine à 20 h, sans vernissage le mercredi soir. Pour éviter les pics d’affluence inconfortables dans le contexte sanitaire actuel, le jeudi remplace ce vernissage. S’il doit y avoir la queue pour préserver les flux, c’est un mal nécessaire. Safety first.

Les galeries ont arbitrer face à l’embouteillage de foires programmées ou reportées cet automne en raison de la crise sanitaire…

Certes. Certaines galeries ont privilégié Art Basel, car il n’est pas toujours possible d’avoir suffisamment d’œuvres pour participer à plusieurs foires de suite. D’autres sont installées à Londres ou font partie du comité de sélection de Frieze et ont préféré y être. Quelques galeries, dotées de grosses équipes, participent à toutes. Mais l’impact n’est pas si important et notre liste d’exposants est forte : c’est bien la Fiac, pas une version diluée ! Une vingtaine de galeries américaines doivent participer à cette édition.

Le turnover de galeries est-il plus important cette année ?

Il y a une trentaine de nouveaux exposants, ce qui est dans la lignée des dernières années. Il est certain que la Foire compte cent soixante et onze galeries en 2021, contre vingt de plus en 2019. Le bâtiment, même avec la Galerie Eiffel installée dans son prolongement, est plus petit que le Grand Palais. J’espère que dans les deux ans à venir, nous pourrons, en association avec la Ville de Paris, tirer un meilleur parti du site en agrandissant la Galerie Eiffel.

Les stands sont-ils plus petits cette année ?

Les galeries qui avaient un stand de petite ou moyenne taille au Grand Palais conservent ces dimensions. Les grandes galeries disposaient au maximum de 80 m2 (contre 100 m2 dans d’autres foires), faute de place sous la nef. Au Grand Palais Éphémère, il est impossible de leur proposer une telle surface si l’on veut accueillir un maximum d’enseignes. Ces stands sont donc passés à 66 m2. Des espaces plus petits dans le contexte actuel ne sont sans doute pas une trop mauvaise chose – et 60 m2, c’était la dimension standard des stands d’Art Basel dans les années 1990 ! J’attends avec impatience la réouverture du Grand Palais en 2024, qui bénéficiera de davantage d’espace après les travaux.

Tous les pays européens sont extrêmement désireux de venir à Paris. L’Online Viewing Room complète la Foire physique afin de toucher d’autres régions du monde.

Par son emplacement, le Grand Palais Éphémère est coupé du Hors les murs…

Le jardin des Tuileries est vraiment inscrit depuis 2006 dans l’expérience de la Fiac, et il est bien identifié comme un site de la Foire, fréquenté à la fois par les collectionneurs qui se trouvent dans ce quartier de Paris et par un public d’amateurs, de badauds, pour qui aller aux Tuileries est une façon d’aller à la Fiac, sans carte VIP ni invitation. C’est aussi cela, le Hors les murs. Vingt-cinq œuvres de vingt-quatre artistes très différents les uns des autres sont exposées dans le jardin, dont une dizaine de créations inédites et deux œuvres réalisées in situ. Cette diversité est une manière de rappeler que la France est un lieu de résidence et de travail pour de nombreux artistes d’origine étrangère. C’est un beau symbole. Gagosian, qui dispose maintenant d’un espace rue de Castiglione, participe également au Hors les murs : il expose place Vendôme un stabile d’Alexander Calder de 1975, une œuvre horizontale d’environ 18 mètres de long qui contraste avec la verticalité de la colonne Vendôme. C’est la première fois que nous y montrons un artiste patrimonial, décédé. C’est aussi la première fois qu’un jeune artiste, Jean Claracq, bénéficie d’une exposition au musée Eugène-Delacroix, en dialogue avec des peintures du maître sur le thème de la jeunesse.

Dans quel état d’esprit êtes-vous après cette longue période compliquée ?

Au printemps, la volonté de nos exposants de revenir à la Fiac dans le contexte que l’on connaît nous a impressionnés, l’équipe de la Foire et moi-même. Il ne faut pas perdre de vue le rôle de la Fiac, qui passe aussi par le Hors les murs pour des galeries qui ont ou non un stand, et par l’OVR qui accroît le nombre d’enseignes, sans oublier la Nocturne des Galeries, impliquant une centaine de galeries parisiennes. Cette année, nous ajoutons une ouverture en direction du Carré Rive Gauche, car la Fiac est implantée à proximité de ce pôle d’antiquaires. Sans parler des galeries qui ouvrent de nouveaux espaces cet automne dans la capitale. Une démarche éloquente quant à l’événement fédérateur et inclusif qu’est la Fiac. Nous travaillons tous pour que Paris, après ce tunnel noir, redevienne une Ville Lumière !

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Fiac, 21-24 octobre 2021, Grand Palais Éphémère, plateau Joffre, Champ-de-Mars, 75007 Paris.