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Marché de l'art

« Girl with a Balloon », l'œuvre de Banksy autodétruite, repasse sous le marteau

Girl with a Balloon, qui fut déchiquetée en direct à l’issue de son adjudication chez Sotheby’s à Londres le 5 octobre 2018, provoquant l’effroi dans la salle de ventes, sera proposée sous le titre Love is in the Bin par la même maison le 14 octobre 2021. Son prix pourrait être multiplié par six.

L’œuvre la plus célèbre de Banksy, lacérée dans son cadre lors de sa vente aux enchères virale chez Sotheby’s, repassera sous le marteau le mois prochain avec une estimation de 4 à 6 millions de livres sterling [4,7 à 7 millions d’euros]. Rebaptisée Love is in the Bin (2018), elle sera proposée dans la vente d’art contemporain du soir de Sotheby’s à Londres le 14 octobre.

La pièce est décrite dans le catalogue comme une « peinture au spray et acrylique sur toile montée sur panneau, encadrée par l’artiste avec un mécanisme de déchiquetage télécommandé caché dans le cadre ». Aucun détail sur la provenance n’est indiqué, mais The Art Newspaper croit savoir que l’œuvre est restée dans la même collection depuis qu’elle a été acquise il y a trois ans chez Sotheby’s. La toile autodétruite a été exposée le week-end passé dans les espaces de la maison de ventes aux enchères de New Bond Street à Londres avant d’entamer une tournée mondiale, à Hongkong, Taïpei, New York, pour revenir finalement à Londres.

Banksy, Love is in the Bin (2018). Courtesy of Sotheby's

La pièce, initialement titrée Girl with a Balloon (2006), était le dernier lot de la vente du soir de Sotheby’s à Londres le 5 octobre 2018. Au moment où le tableau a été adjugé, une alarme s’est déclenchée à l’intérieur de l’œuvre. Les personnes présentes dans la salle ont juste eu le temps de se retourner pour voir la toile glisser à travers son faux cadre doré et être partiellement coupée en lanières.

Alex Branczik, responsable de l’art contemporain en Europe chez Sotheby’s à l’époque, avait déclaré : « Étions-nous dans le coup ? Absolument pas. » Dans un communiqué publié le 3 septembre 2021, il a expliqué : « Cette pièce est considérée comme s’inscrivant dans une tradition vénérée d’art anti-establishment qui a commencé avec Dada et Marcel Duchamp il y a plus d’un siècle ».

« CETTE PIÈCE EST CONSIDÉRÉE COMME S’INSCRIVANT DANS UNE TRADITION VÉNÉRÉE D’ART ANTI-ESTABLISHMENT QUI A COMMENCÉ AVEC DADA ET MARCEL DUCHAMP IL Y A PLUS D’UN SIÈCLE »

Après cet événement qui a fait la une des journaux autour du monde, les spéculations se sont multipliées sur le fait de savoir si c’était l’artiste qui avait lui-même appuyé sur le bouton, détruisant ainsi sa propre œuvre. Une semaine et demie après ce coup d’éclat, Banksy avait publié sur son site Internet une vidéo intitulée Shred the Love, the Director’s Cut, montrant comment le mécanisme de destruction était censé fonctionner. Banksy s’y montrait prétendument en train de construire le mécanisme de déchiquetage à l’intérieur d’un cadre; à la fin, un commentaire affirmait : « lors des répétitions, ça a marché à tous les coups ».

L’œuvre lacérée a ensuite été considérée comme une nouvelle pièce à part entière par Pest Control, l’organisme d’authentification du street artist de Bristol, Banksy la renommant Love is in the Bin (2018). L’enchérisseur initial a accepté d’acheter la nouvelle œuvre pour le même prix qu’elle a été adjugée le 5 octobre 2018 : 860 000 livres sterling [1,04 million de livres avec les frais, soit 1,21 million d’euros au cours actuel]. Girl with a Balloon aurait été acquise directement auprès de l’artiste en 2006.

Sotheby’s a décrit l’acheteur, une collectionneuse européenne anonyme, comme « une cliente de longue date de Sotheby’s ». Dans une déclaration, elle a affirmé avoir d’abord été « choquée » lorsque l’œuvre a été déchiquetée, « mais a progressivement réalisé [qu’elle se retrouverait] avec [son] propre morceau d’histoire de l’art ». En 2019, Love is in the Bin a fait l’objet d’un prêt à long terme à la Staatsgalerie de Stuttgart.

Les prix des œuvres de Banksy continuent d’augmenter aux enchères. En mai, Sotheby’s a vendu une autre pièce de l’artiste, Love is in the Air (2005), pour 12,9 millions de dollars avec les frais [10,9 millions d’euros], pour une estimation de 3 à 5 millions de dollars. L’œuvre provenait d’une collection privée nord-américaine; l’acheteur avait également la possibilité de régler la facture en cryptomonnaie.