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Chronique

Images et matières du monde

Le nouveau musée Albert-Kahn, à Boulogne- Billancourt, et l’exposition « Venus d’ailleurs. Matériaux et objets voyageurs » présentée au musée du Louvre, à Paris, nous invitent au voyage.

Musée départemental Albert-Kahn, nouveau bâtiment conçu par l’architecte Kengo Kuma © CD92/Julia Brechler

Le nouveau musée Albert-Kahn, à Boulogne- Billancourt, et l’exposition « Venus d’ailleurs. Matériaux et objets voyageurs » présentée au musée du Louvre, à Paris, nous invitent au voyage.

Tout commence avec la création d’une bourse de voyage. En 1898, Albert Kahn (1860- 1940), banquier philanthrope que ses affaires emmènent tôt en Asie, en Afrique du Sud ou encore en Amérique latine, lance avec l’Université de Paris une initiative intitulée « Autour du monde ». Ce programme destiné à de jeunes enseignants agrégés – y compris les femmes à compter de 1905, fait encore suffisamment rare à l’époque pour être noté – leur offre l’occasion d’étudier sur le terrain la diversité des cultures et d’« entrer en communion sympathique » avec les peuples du monde. Pacifiste convaincu, Albert Kahn ne tarde pas à fonder et financer une multitude d’associations caritatives et de comités scientifiques. Mais son grand œuvre réside sans doute dans le projet documentaire colossal mené de 1912 à 1931, baptisé « Archives de la Planète ». Il s’agit là, selon Kahn, d’« une sorte d’inventaire photographique de la surface du globe, occupée et aménagée par l’homme, telle qu’elle se présente au début du xxe siècle », qui, face à la modernisation en marche, risque en partie de disparaître. Au service de cette entreprise encyclopédique inédite, une douzaine d’opérateurs sillonnent durant plus de vingt ans une cinquantaine de pays (dont la France), équipés de deux inventions récentes des frères Lumière : le cinématographe et l’autochrome. 72 000 plaques issues de cette technique photographique en couleurs constituent le cœur des collections du musée départemental Albert-Kahn auxquelles s’ajoutent une centaine d’heures de films muets en noir et blanc et quelques milliers de vues stéréoscopiques.

Après six ans de travaux, l’institution vient de rouvrir ses portes avec un nouveau bâtiment de l’architecte Kengo Kuma ainsi que des édifices et jardins d’origine désormais restaurés (notamment la grande serre, le village japonais et la forêt vosgienne). Elle offre une vision renouvelée et accessible à tous – les efforts pédagogiques sont manifestes – de cet exceptionnel projet humaniste.

LE MONDE DEVENU ACCESSIBLE

L’essor des moyens de transport a joué un rôle crucial dans l’épanouissement du projet d’Albert Kahn, mais aussi, plus généralement et au fil des siècles, pour la circulation des êtres et des marchandises. L’exposition « Venus d’ailleurs. Matériaux et objets voyageurs » présentée au musée du Louvre évoque ainsi la dimension essentielle des différentes voies de déplacement dans le développement des échanges mondiaux et l’enrichissement des productions artistiques – au prix, rappelons-le, d’une exploitation grandissante des ressources et des communautés. Dès la haute Antiquité, les pierres de couleur, l’ivoire ou l’ébène voyagent le long des axes commerciaux romains. Puis viennent la route de la soie, les caravanes arabes, les premiers voyages trans-océaniques, grandes expéditions, mais aussi la traite atlantique du xvie au xixe siècle... L’exposition – qui mériterait une plus ample présentation tant son sujet est vaste et passionnant – ambitionne, à travers une sélection d’objets d’art exemplaires, d’« esquisser une histoire plus complexe, qui dépasse l’engouement des Européens pour l’exotisme ». Une enquête à poursuivre, ici et ailleurs.

Musée départemental Albert-Kahn, 2, rue du Port, 92100 Boulogne-Billancourt

« Venus d’ailleurs. Matériaux et objets voyageurs », 22 septembre 2021-4 juillet 2022, musée du Louvre, rue de Rivoli, 75001 Paris

Appeared in The Art Newspaper France - Mensuel, #41, mai 2022