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Marché de l'art

Nouvelles révélations des « Pandora papers » sur les dessous du marché de l'art dans les paradis fiscaux

Les « Pandora Papers » révèlent que 1 600 œuvres d’art ont été « secrètement échangées » dans des paradis fiscaux. « Plus d’une douzaine » de créations de Banksy ont ainsi été achetées depuis 2009 par le financier londonien Maurizio Fabris via un trust offshore en Nouvelle-Zélande.

Selon les dernières révélations des « Pandora Papers », plus de 1 600 œuvres d’art créées par plus de 400 artistes auraient été « secrètement échangées » par le biais de sociétés écrans et de paradis fiscaux. Ces données ont été révélées par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), qui travaille avec des médias du monde entier pour passer au crible les 11,9 millions de documents financiers divulgués par une source non identifiée en 2021. Il s’agit du dernier volet de l’enquête concernant directement le monde de l’art.

SELON LE RAPPORT DE L’ICIJ, « GIRL WITH BALLOON », « FLOWER THROWER » ET DEUX VERSIONS DE « RUDE COPPER » DE BANKSY APPARAISSENT DANS CETTE LISTE

« Les [documents] montrent comment l’opacité des sociétés offshore permet aux personnes fortunées de cacher leur richesse et leurs actifs, y compris les œuvres d’art, et éventuellement d’éviter les impôts sur ces actifs, explique Scilla Alecci, une journaliste qui travaille sur le projet depuis plus de deux ans. Des experts [ont] déclaré à l’ICIJ que, tant que les registres des bénéficiaires effectifs et d’autres mesures de transparence ne sont pas mis en place, les réglementations sur le marché de l’art ne peuvent à elles seules mettre fin à l’utilisation des œuvres d’art pour le blanchiment d’argent et à d’autres fins illicites. »

Une version de Rude Copper de Banksy, similaire à celles achetées par Maurizio Fabris, selon l’ICIJ. Photo : Jan Fritz / Alamy Stock Photo

Parmi les œuvres concernées figurent « plus d’une douzaine » de pièces de Banksy achetées à partir de 2009 par le financier londonien Maurizio Fabris, via un trust offshore en Nouvelle-Zélande (qui offrait à l’époque l’anonymat aux propriétaires de telles créations). Ce trust a été mis en place avec le soutien des services financiers de la société Asiaciti Trust.

Selon le rapport de l’ICIJ, Girl with Balloon, Flower Thrower et deux versions de Rude Copper de Banksy apparaissent dans cette liste. Le rapport affirme que Maurizio Fabris a signé un contrat avec les responsables de la société Asiaciti Trust lui permettant d’exposer les œuvres chez lui, sans frais. « Lorsqu’un trust devient le propriétaire légal d’actifs, le collectionneur peut être en mesure d’éviter ou de reporter les impôts sur la fortune, la succession et les gains en capital », écrit l’ICIJ, ajoutant que « le trust de Fabris a ensuite vendu trois des œuvres de Banksy à une galerie londonienne gérée par l’ancien agent de Banksy ».

Les tentatives de The Art Newspaper pour contacter Maurizio Fabris n’ont pas abouti au moment de la publication de cet article, mais un représentant légal a affirmé à l’ICIJ qu’il « déclarait tous ses avoirs offshore aux autorités britanniques et payait ses impôts au Royaume-Uni, il réside ».

« LORSQU’UN TRUST DEVIENT LE PROPRIÉTAIRE LÉGAL D’ACTIFS, LE COLLECTIONNEUR PEUT ÊTRE EN MESURE D’ÉVITER OU DE REPORTER LES IMPÔTS SUR LA FORTUNE, LA SUCCESSION ET LES GAINS EN CAPITAL »

De fait, si les documents offrent un rare aperçu des transactions financières des ultra-riches, nombre des dispositifs concernant des œuvres d’art relèvent d’exemples de montages apparemment légaux impliquant des entités offshore et des sociétés écrans, et ne mettent pas en évidence des activités illégales.

« Il est passionnant de disposer de données offrant une vision réaliste de la quantité d’œuvres d’art détenues par des sociétés offshore, plutôt que des indices anecdotiques, mais il est également important de reconsidérer ces chiffres dans leur contexte, déclare Rena Neville, de Corinth Consulting. 1 600 œuvres d’art représentent une goutte d’eau dans le contexte des plus de 30 millions d’objets qui auraient été échangés sur le marché de l’art chaque année au cours des dix dernières années. »

Des preuves d’activités illégales ont toutefois été identifiées par les journaux concernant le défunt marchand d’antiquités Douglas Latchford, mis en examen en 2019 pour trafic d’antiquités. Alors que ce dernier a nié ces allégations jusqu’à sa mort en 2020, les documents de cette fuite de données ont montré comment des comptes offshore ont été utilisés pour masquer la vente d’artefacts pillés au Cambodge.

D’autres révélations liées à l’art ont émergé des Pandora Papers, notamment l’achat d’œuvres par l’éminente famille sri-lankaise Rajapaksa par l’intermédiaire d’une société écran; la galerie Vedovi basée à Bruxelles dont le catalogue de 2017 (estimé à plus de 15 millions d’euros) a été enregistré à Hongkong, évitant ainsi une imposition; et l’utilisation de sociétés offshore par la maison de ventes aux enchères indienne Saffronart. Mais aucun de ces acteurs n’a été accusé d’activités illégales.