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Critique
Expositions

General Idea plus actuel que jamais au musée des Beaux-Arts du Canada

Une importante rétrospective de General Idea, au Musée des beaux-arts du Canada, à Ottawa, entend rendre plus accessible la « pratique complexe » du trio d’artistes canadiens subversifs, dont l’œuvre résonne avec la période contemporaine.

General Idea, P is for Poodle, 1983-1989. © General Idea. Photo : General Idea Archives, Berlin, courtesy the artist

Le trio canadien General Idea, qui a bénéficié d’une renommée internationale au cours de ses 25 années de pratique (1969-1994), est sur le point de retrouver les sommets grâce à une exposition de grande ampleur au Musée des beaux-arts du Canada, à Ottawa. La rétrospective, qui ouvre ses portes le 3 juin, présentera environ 200 œuvres, dont des installations majeures, des publications, des vidéos, des dessins, des peintures et des sculptures.

« Nous avons des œuvres exceptionnelles dans la collection et cette exposition nous a permis de nous plonger beaucoup plus profondément dans ces fonds »

Même si le commissaire de l’exposition, Adam Welch, est étonné que cette institution nationale canadienne n’ait pas organisé cette rétrospective plus tôt (le Musée des beaux-arts de l’Ontario, à Toronto, en a organisé une il y a dix ans), le collectif d’artistes n’a pas été ignoré par le musée d’Ottawa. « Nous avons des œuvres exceptionnelles dans la collection et cette exposition nous a permis de nous plonger beaucoup plus profondément dans ce fonds et, bien sûr, d’engager des échanges étroits avec AA Bronson », a déclaré Adam Welch à The Art Newspaper.

AA Bronson, seul membre encore vivant du trio, a joué un rôle important dans la conception de cette rétrospective. Il fêtera son 76e anniversaire deux semaines après l’inauguration. Felix Partz et Jorge Zontal, les autres membres du collectif, sont tous deux morts du Sida en 1994. La maladie a dominé l’œuvre du trio au cours de leurs dernières années.

General Idea – nom adopté après qu’une de leurs premières œuvres a été prise par erreur pour le nom du groupe – est qualifié par la National Gallery of Canada de « pionnier dans les domaines de l’art conceptuel, de la performance et de l’art queer, expérimentant de nouvelles formes d’art et des sujets tabous, défiant le monde de l’art et les normes sociales et ouvrant la voie aux futures générations d’artistes. » Pourtant, nombreux sont ceux qui ne mesurent pas l’étendue de leur travail, qui se déploie sur près de trois décennies. « L’un de nos objectifs avec l’exposition est de rendre la pratique complexe de General Idea un peu plus accessible à ceux qui découvrent l’œuvre pour la première fois », explique Adam Welch.

General Idea, Mondo Cane Kama Sutra, 1983, impression 2001. © General Idea. Photo : NGC

Parmi les nombreuses personnes qui les ont influencés figure Andy Warhol. « Il était impossible pour notre génération de ne pas être influencé par Warhol », écrit AA Bronson dans l’imposant catalogue de 756 pages, riche de plus de 500 illustrations, qui accompagne l’exposition. L’écrivain de la Beat Generation William S. Burroughs a également été une source d’inspiration. « Nous nous considérions comme des personnages de Burroughs, poursuit AA Bronson. General Idea a été, en un sens, inventé par Burroughs, même s’il ne le savait pas ».

Le trio s’est d’abord formé dans l’ouest du Canada, puis s’est installé à Toronto, avec des incursions à New York. Leur première collaboration a eu lieu au Théâtre Passe Muraille de Toronto. Parmi les lieux phares de la ville à l’époque, figurait le Rochdale College, qui offrait un enseignement gratuit et un mode de vie communautaire, et le quartier de Yorkville, qui était alors le centre de la communauté hippie de Toronto.

Le groupe est surtout connu pour sa reprise du LOVE de l’artiste pop Robert Indiana, remplaçant le mot « amour » par « Sida » [AIDS]. La collection de la National Gallery of Canada comprend plusieurs versions de cette œuvre, le clou étant une sculpture AIDS (1989) rehaussée de graffitis, accessible aux passants.

General Idea, Self-portrait with Objects, 1981-1982. © General Idea. Photo : NGC

« Même si nous avons commencé à travailler sur l’exposition bien avant la pandémie actuelle, il existe de fortes similitudes avec l’apparition du Sida, qui sont devenues évidentes au cours des deux dernières années, explique Adam Welch. La quasi-totalité du travail de General Idea entre 1987 et 1994 répondait à la crise telle qu’ils la vivaient à New York et à Toronto. En tant qu’hommes homosexuels, ils ont constaté de visu à quel point l’accès aux soins médicaux était différent pour eux… Aujourd’hui, nous voyons des inégalités très similaires mises à nu par le Covid. »

Les concours de beauté ont constitué une autre proposition de General Idea, ravivant le souvenir du personnage de Miss Canadiana incarné par la star canadienne montante Camille Turner. Le fictif Miss General Idea Pavillion (Le pavillon de Miss General Idea) de 1984 les a également occupés jusqu’à ce qu’il soit détruit par un incendie, tout aussi fictif. Le groupe a également été actif dans le domaine de l’édition, éditant le FILE Magazine, inspiré du célèbre magazine Life. Leur dernier coup d’éclat a eu lieu en 1994 avec la série Infe©ted Mondrian, dans laquelle ils avaient remplacé le jaune des œuvres de l’artiste par du vert. Selon AA Bronson, il s’agissait de la « couleur la plus détestée » du peintre néerlandais. Avec cette rétrospective, General Idea va pouvoir à nouveau remuer le couteau dans la plaie.

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« General Idea », du 3 juin au 20 novembre 2022, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa, Canada.