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Critique
Expositions

Julian Charrière

Julian Charrière est un véritable artiste-explorateur, qui place l’anthropocène et la question écologique au cœur de son travail. Sa démarche, très axée sur la recherche, est marquée par les sciences environnementales, la géologie et l’anthropologie.

Julian Charrière, Le Poids des ombres, 2021, charbon poli (anthracite), trépans de forage, acier. Courtesy de l’artiste et des galeries Dittrich & Schlechtriem (Berlin), Tschudi, (Zuoz), Sean Kelly (New York) et Sies + Höke (Düsseldorf)

Ancien élève d’Olafur Eliasson à l’Institut für Raumexperimente (Institut d’expériences spatiales) de l’Universität der Künste (Université des arts), à Berlin, Julian Charrière (né en 1987) est un véritable artiste-explorateur, qui place l’anthropocène et la question écologique au cœur de son travail. Sa démarche, très axée sur la recherche, est marquée par les sciences environnementales, la géologie et l’anthropologie. Influencé par le land art, la science-fiction de J.G. Ballard et ses nombreux voyages, l’artiste franco-suisse explore le monde naturel et examine le lien que l’homme entretient avec son écosystème, en particulier l’évolution accélérée de cette relation due à l’industrialisation et aux nouvelles technologies. Ses œuvres, mélange de photographies, vidéos, installations et performances, relatent ses voyages et ses expériences dans des lieux toujours plus reculés : le volcan indonésien Tambora (An Invitation to Disappear, 2018), les glaciers d’Islande (The Blue Fossil Entropic Stories, 2012) ou les terres radioactives du Kazakhstan (Polygon, 2014). Julian Charrière est très attiré par la force symbolique des matériaux, ainsi que par le contexte qui les entoure.

Pour le Prix Marcel Duchamp, il a conçu un projet autour du carbone, cause majeure du réchauffement climatique, qu’il explore sous toutes ses formes : du charbon, source énergétique polluante, au diamant, « sa forme la plus esthétiquement et culturellement valorisée, mais qui cache un revers de la médaille écologique assez terrible, que ce soit son extraction ou son utilisation par l’industrie pétrolière pour le forage ».

Une large part de l’œuvre repose sur la captation de CO2, que l’artiste a entreprise sur plusieurs sites de l’Arctique touchés par la fonte des glaces – le rejet de gaz carbonique en étant l’un des principaux responsables. Avec ce dégel s’efface l’empreinte de l’histoire de l’atmosphère, car, au fil des millénaires, les glaces ont emmagasiné des bulles d’air qui sont de précieux témoins de l’état de l’atmosphère à une époque donnée. Capter ces gaz du passé est une façon pour Julian Charrière de « retenir cette mémoire qui disparaît ».