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Critique
Marché de l'art

Lancement réussi pour Art Antwerp en Belgique

Petite sœur d’Art Brussels, la nouvelle foire d’art contemporain a su toucher une audience régionale, alors qu’une épée de Damoclès pèse sur les foires en 2022.

Dans un contexte sanitaire compliqué, Art Antwerp a tiré son épingle du jeu. La première édition de la foire d’art contemporain lancée par Art Brussels du 16 au 19 décembre 2021 avait pour but d’aller au-devant des collectionneurs belges dans la capitale de la Flandre, Anvers. « Nous nous attendions à moins de monde, et en définitive sont venus des gens de la région, des collectionneurs qui travaillent dans les nombreuses PME des environs, du textile à la bière et pas seulement dans la finance. Ce n’est pas mondain comme ailleurs. Il y a aussi ici des dynasties de collectionneurs », témoigne la Française Nathalie Obadia. Différents membres d’une même famille sont fréquemment venus sur la foire… et revenus.

Art Antwerp 2021, avec au premier plan une œuvre de Joris Van de Moortel présentée par la galerie Natalie Obadia. Photo : A.C.

D’autres ont fait le voyage depuis Bruxelles, à moins d’une heure de voiture, sachant qu’une partie des Flamands vont rarement dans la capitale belge… Mais aussi des Pays-Bas voisins, et notamment de Maastricht, dont la Tefaf a annoncé le report sine die de son édition 2022. La foire a aussi attiré quelques collectionneurs hexagonaux à l’esprit de curiosité intact, du Français de Bruxelles Frédéric de Goldschmidt au fondateur de l’ex-Maison rouge, Antoine de Galbert.

Malgré tout, avec ses larges allées et des stands aérés, la foire n’offrait aucun danger de promiscuité par ces temps de Covid, sans la foule des plus grandes foires. « Ce projet est né en 2020 à l’arrivée du Covid d’une réflexion faite avec Nele Verhaeren [codirectrice d’Art Brussels, ndlr] sur la nécessité de soutenir le marché et notre communauté pendant la pandémie. Un salon comme Art Antwerp ne peut marcher que dans un pays avec une base solide de collectionneurs », confie Anne Vierstraete, directrice générale des deux foires. Art Brussels ayant dû annuler son édition 2021, c’est donc la première foire d’art contemporain à se tenir en Belgique depuis plus d’un an… Pour ce coup d’essai dicté par les circonstances, les directrices ont pu compter sur le soutien de l’organisateur des deux événements, propriétaire du lieu, Antwerp Expo, et ainsi limiter les risques financiers.

Avec 56 galeries – trois enseignes allemandes inquiètes des informations sur la situation sanitaire belge se sont finalement désistées –, Art Antwerp a réuni un plateau de grande qualité, intégrant des professionnels français ayant un artiste belge à défendre ou une succursale à Bruxelles, voire les deux, ainsi que des Allemands empêchés de participer à Art Brussels en avril à cause du Gallery Weekend Berlin. La galerie Nathalie Obadia présentait ainsi pour 18 000 euros une sculpture sonore du jeune Anversois Joris Van de Moortel. L’enseigne s’est délestée d’œuvres de cet artiste ainsi que notamment de Laure Prouvost. « Beaucoup de collectionneurs belges ne sont pas allés en 2021 ni à Miami ni à la FIAC. C’est une bonne façon de les revoir », note Nathalie Obadia.

Lelong & Co a procédé à un réaccrochage le lendemain du vernissage, ayant vendu deux pièces de David Nash et deux autres d’Alechinsky. « Plusieurs branches d’une même famille ont découvert qu’ils nous avaient acheté des David Nash sur la foire ou à la galerie ! », confient Myriam Attali et Nathalie Berghege-Compoint. « Nous avons conclu des ventes et sommes satisfaits. Nous avons vu des gens de Bruxelles, d’Anvers, d’Amsterdam… », confiait la galerie kamel mennour, qui dédiait son stand à Tadashi Kawamata et à Valentin Carron. La galerie Templon montrait quant à elle entre autres des œuvres de Jan Van Imschoot, peintre de Gand installé en France, entre 20 000 et 70 000 euros, mais avait aussi apporté des pièces plus importantes en valeur, tel un Jim Dine à 300 000 dollars. Semiose s’est rapidement délesté d’un grand chat en céramique de Françoise Pétrovitch.

Stand de la galerie Transit (Malines) avec un focus sur Johan Creten. Photo : A.C.

Parmi les autres enseignes, la galerie Transit (Malines) a réaccroché après l’ouverture des œuvres sur papier de Johan Creten, enfant du pays, datant des années 1980 et proposées à 11 500 euros. Elle exposait aussi une grande sculpture conçue pour l’exposition de l’artiste au Bass Museum à Miami Beach en 2003, pour 50 000 euros, et une singulière tête en céramique sortant d’une moule. Johan Creten sera à l’affiche du musée La Piscine à Roubaix à partir de fin mars 2022. La galerie Maurice Verbaet proposait pour sa part des dessins au stylo de Jan Fabre dont un grand sur Fred Astaire entouré de chats, pour 125 000 euros. « J’ai travaillé, je ne suis pas mécontent, d’autant que peu de collectionneurs [européens] sont allés à Miami cette année », confiait l’Allemand Philipp von Rosen, de la galerie éponyme de Cologne. Et d’ajouter : « la foire gagnerait toutefois à s’étoffer pour gagner en importance ». Créée pour répondre à la conjoncture, Art Antwerp se poursuivra-t-elle ? L’avenir le dira.